Quand votre chien “avale” bruyamment l’air : faut-il s’inquiéter ?

Votre chien va très bien, il joue, il se promène, et puis d’un coup tout change : il se fige, tend le corps, relève la tête, se met à inspirer très fort et très bruyamment, comme s’il s’étouffait. Son regard vous affole, vous avez l’impression qu’il ne respire plus… et quelques secondes plus tard, tout redevient parfaitement normal.
Si vous avez déjà vécu ça, vous avez sans doute eu très peur. Ce phénomène porte un nom un peu barbare : le reverse sneezing, ou éternuement inversé. Il est aussi impressionnant qu’il paraît dramatique… alors qu’il est, dans la grande majorité des cas, bénin et passager.
L’enjeu, c’est surtout de comprendre ce qui se passe pour ne plus paniquer à chaque épisode – et savoir quand même repérer les situations où un avis vétérinaire devient nécessaire.
Ce qui se passe vraiment pendant une crise
Contrairement à un éternuement classique, où le chien expulse brusquement de l’air par le nez, le reverse sneezing est une sorte d’“éternuement à l’envers” : l’air est aspiré très fort, en plusieurs inspirations saccadées et bruyantes.
Pendant la crise, beaucoup de chiens adoptent la même posture : tête tendue vers l’avant ou légèrement vers l’arrière, gueule fermée, narines qui frémissent, poitrine qui se soulève vite, accompagnée d’un bruit rauque ou de reniflements intenses.
De l’extérieur, on a vraiment l’impression qu’il suffoque. En réalité, il continue à faire circuler de l’air, même si le son est impressionnant. La crise dure généralement quelques secondes, parfois un peu plus d’une minute, puis tout s’arrête net. Le chien reprend sa respiration normale, repart comme si de rien n’était, souvent sans sembler perturbé.
Pourquoi ce phénomène se produit-il ?
Le reverse sneezing est un réflexe respiratoire. Quelque chose, à un moment donné, irrite ou stimule la gorge ou l’arrière du nez, et le corps réagit par cette série d’inspirations bruyantes pour “rattraper” la situation.
Les déclencheurs sont variés. Chez certains chiens, ce sera une poussière, un parfum trop fort, une bouffée de fumée, des pollens ou des produits ménagers. Chez d’autres, ce sera plutôt l’excitation : un jeu trop intense, une grande joie quand vous rentrez à la maison, une promenade très stimulante. On voit aussi des épisodes après un repas avalé trop vite, une gamelle d’eau bue en deux secondes, ou après avoir reniflé longuement dans les herbes hautes.
L’anatomie joue aussi un rôle : les chiens brachycéphales (Carlin, Bouledogue français, Shih Tzu, Pékinois, etc.) ont des voies respiratoires plus courtes et plus encombrées, ce qui les rend plus sujets à ce genre de réflexe. Certains petits chiens ou chiens de type terrier semblent également plus concernés.
Dans la plupart des cas, il s’agit donc d’une réaction ponctuelle de l’organisme à un petit “dérangement” local, sans conséquence durable.
Comment réagir sur le moment ?
La première chose – et c’est la plus difficile – est de rester aussi calme que possible. Votre chien sent immédiatement votre inquiétude ; si vous paniquez, il peut, lui aussi, se mettre à stresser, ce qui ne l’aide pas à se détendre.
Vous pouvez vous approcher de lui, lui parler doucement, poser votre main sur son flanc ou son cou pour lui transmettre un contact rassurant. Chez beaucoup de chiens, le simple fait de sentir votre présence posée suffit à raccourcir l’épisode.
Certaines personnes trouvent utile de masser doucement la gorge, sous la mâchoire, pour encourager la déglutition. D’autres recouvrent un instant les narines avec les doigts, une seconde ou deux seulement, pour forcer le chien à avaler. Cette déglutition interrompt parfois immédiatement la crise.
On peut aussi proposer à certains chiens de lécher quelque chose (une main, un tout petit peu de miel sur un doigt, par exemple). Là encore, c’est la déglutition qui aide à “remettre les choses en place”.
Si vous êtes à l’intérieur, ouvrir une fenêtre ou sortir quelques instants peut aussi faire du bien, surtout si l’air est chargé en poussières, en odeurs ou en produits irritants.
Quand est-ce que ce n’est plus “juste” un reverse sneezing ?
Même si ce phénomène est généralement sans gravité, il ne faut pas non plus tout mettre sur son dos. Certains signes doivent vous inciter à consulter votre vétérinaire.
C’est le cas si les crises deviennent très fréquentes, se prolongent longtemps, ou si vous avez l’impression que votre chien a du mal à récupérer après. C’est aussi le cas si d’autres symptômes s’invitent : toux persistante, écoulement nasal épais ou teinté, fatigue inhabituelle, baisse d’appétit, respiration vraiment difficile, lèvres ou gencives qui semblent bleutées.
Dans ces situations, il est important de vérifier qu’il n’y a pas autre chose derrière : infection respiratoire, corps étranger dans les voies nasales, polype, problème anatomique plus marqué… C’est le rôle de votre vétérinaire de faire la part des choses.
Fiez-vous à votre intuition de parent de chien : si quelque chose vous semble franchement anormal, mieux vaut poser la question à un professionnel que rester avec l’angoisse au ventre.
Ce que vous pouvez faire pour limiter les épisodes
On ne peut pas toujours empêcher totalement le reverse sneezing, surtout chez les chiens qui y sont prédisposés. Mais on peut réduire certains facteurs déclenchants.
Au quotidien, essayez de limiter les irritants : éviter de fumer à l’intérieur, ne pas pulvériser de parfums, désodorisants ou produits ménagers puissants à côté du chien, bien aérer les pièces après le ménage. Garder un environnement relativement propre, avec des tapis et coussins aspirés régulièrement, peut aussi aider les chiens sensibles aux poussières ou aux allergènes.
Si votre chien mange ou boit très vite, une gamelle anti-glouton ou un simple aménagement des repas (portionner, mettre un peu de croquettes dans un jouet distributeur, etc.) peut limiter les “avalées” trop brutales. Et si vous remarquez que les épisodes surviennent systématiquement après des reniflages frénétiques dans certaines herbes ou zones, vous pouvez adapter un peu les promenades.
Mieux connaître pour moins paniquer
Le reverse sneezing reste, pour beaucoup de propriétaires, un phénomène qui fait peur la première fois. C’est normal : voir son chien se tendre, faire ces bruits impressionnants, donne vraiment l’impression qu’il s’étouffe.
Comprendre que, dans la plupart des cas, il s’agit d’un réflexe respiratoire temporaire, sans danger immédiat, change souvent tout dans la manière de le vivre. On garde un œil attentif, on note la fréquence, on ajuste son environnement, et on n’hésite pas à consulter si quelque chose dérive de ce schéma.
Entre vigilance et sérénité, votre rôle n’est pas de tout maîtriser, mais de rester à l’écoute de ce que votre chien vous montre. Et si son corps vous envoie un message qui vous dépasse, vous n’êtes pas obligé de le décoder seul : votre vétérinaire est là pour vous accompagner, vous rassurer et, si besoin, aller plus loin dans les examens.